Pendant ce temps, Nicky, à l’écart, ne participait pas à notre activité. Elle essayait d’attirer mon attention, à plusieurs reprises. Finalement, je me tournais vers elle, intrigué, alors qu'elle me montrait un appareil de massage en vantant ses bienfaits. C’est à ce moment que quelque chose a basculé en moi, comme une évidence soudaine. "Mais… tu es morte ! Comment est-ce possible que tu me parles ?" lui lançai-je, interloqué.
La lucidité s’était installée. À cet instant précis, je pris pleinement conscience que j'étais en train de rêver. Ce n’était pas une simple prise de conscience fugace, comme cela arrive parfois, mais une lucidité profonde et stable. Le décor ne changeait pas, et contrairement à d’autres rêves où une trop grande clarté entraîne un réveil, celui-ci restait solidement ancré. Colla et Joycie continuaient à trier les affaires, impassibles, comme si rien d’étrange ne se passait.
Nicky me sourit, sereine : "Oui, je viens te voir."
Je lui demandai comment elle allait. Belle et jeune, elle rayonnait de la même vitalité que je connaissais en elle de son vivant. "Ça a été difficile", me confia-t-elle. "Après la mort physique, tu conserves les émotions que tu avais à ce moment-là, et tu continues à les vivre de l’autre côté. Tu te crées un monde autour de ces ressentis. Après mon suicide, j'ai continué à grandir, à évoluer, comme si j'étais encore sur Terre, physiquement. Une certaine durée de vie semble être prévue avant l’incarnation, et il faut purger cette ‘dette de temps’."
Je la regardai, stupéfait. "Comment fais-tu ? Y a-t-il des guides, des entités pour t’aider ?" demandai-je, bien que la conversation se déroulait principalement par télépathie. Ma voix n’était pas toujours audible, mes mots sortaient parfois en décalé. Nicky m’expliqua que ses prises de conscience et l’évolution de ses proches sur Terre l’aidaient à grandir. Elle était encore liée à nous, mais enveloppée dans ses vieux sentiments. Elle avait une guidance, une intuition, comme nous, mais ne voyait pas de guides. "Je n'avais pas encore osé te parler car je me sentais inférieure", me dit-elle.
À ce moment, son apparence changea. Elle parut beaucoup plus vieille, presque affaiblie par le poids des années et des souffrances qu’elle avait endurées. "Je t’ai projeté une image de moi plus jeune, celle que tu connaissais, mais cela me demande beaucoup d’efforts", avoua-t-elle, visiblement épuisée par cette transformation.
La conversation prit un autre tournant lorsqu’elle me parla de ma compagne, mentionnant qu'elle allait bientôt travailler dans un RER. "Impossible ! Qu'est-ce que tu racontes ?" m’exclamai-je, incrédule. Mais elle insista avec force, en criant presque : "Siiiiiiiiiiiii ! Écoute-moi bien !"
Je me réveillai dans mon lit, encore troublé par l’intensité de ses paroles. Sa voix résonnait dans mon esprit, comme un écho qui persistait dans la réalité. C'était typique de cette branche de la famille, où l'on pousse les gens dans leurs retranchements pour les aider à grandir. Mais cette fois-ci, désolé Tatie Nicky, tu ne m'as même pas fait peur. J’étais juste curieux.
Cette expérience m’a laissé une réflexion particulière : est-ce que l’intervention d’une entité extérieure dans un rêve augmente la cohérence de l’univers onirique ? J’ai remarqué que dans ce genre de rêves, les éléments du décor, comme les murs d’une maison, semblent plus résistants, plus stables, ce qui rend plus difficile une sortie hors du corps. C'est comme si la présence de l'entité renforçait la structure du rêve, créant une sorte de huis clos où la communication pouvait avoir lieu. Cependant, je ne peux affirmer avec certitude cette observation, bien que ce phénomène se soit répété à plusieurs reprises dans mes expériences.
À chaque fois que j’ai interrompu ce type de conversation, cela s’est terminé par un réveil brutal, ramenant ma conscience dans le corps physique. Mais cette fois, la lucidité et la durée de l’échange m’ont donné l'impression d'avoir accédé à quelque chose de plus profond, quelque chose qui va au-delà du simple rêve.

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