De jour, il se dévoue au service des créatures. Dès l'aube, portés par le vent, arrivent les messagers chargés des plaintes et des douleurs de tous les êtres. Il accueille leurs requêtes, distribue réconfort et soins, ses doigts apaisant les maux du monde.
Le jour, il est au service des autres, mais le soir, son esprit s'envole au-delà de son corps endormi. Il transcende temps et espace, et d'un coup de pied, il s'élance, libéré, vers les cieux accueillants.
Dans cet espace, le temps n'existe plus, il n'y a que le chemin éternel.
Mais une nuit, un mur obscurcit ce chemin mystérieux. Une force invisible éteint les étoiles et toutes les promesses célestes. Un obstacle colossal, à la mesure de l'impulsion de son vol, entrave l'envol de l'âme. Là où le chemin se perd, s'érige un mur imposant et sombre.
Ce mur a un visage troublant et familier. L'âme le reconnaît : il porte les traits de la vie qu'elle vient de quitter et qu'elle retrouvera à l'aube, comme un lit inévitable.
Au-delà du mur, une voix retentit dans l'obscurité, proclamant : « Âme exigeante qui cherche à se préserver tout en se perdant, désirant à la fois l'existence et l'infini, le sensible et le mystérieux, ceci est la limite ; c'est ici l'autel du monde.
Ici, l'âme ne peut passer sans renoncer à quelque chose, car ce lieu se nomme : le choix de Dieu. Jusqu'à présent, il y avait de l'un et de l'autre. Ici commence l'Unique.
Âme parvenue ici, choisis. Détache-toi de la terre et le chemin s'ouvrira, ou bien retourne d'où tu viens. Celui qui me touche ne revient jamais. »
Le silence retombe.
L'âme, suspendue, suit la trace de cette voix qui s'éloigne et commence à murmurer : « Je me sépare », lorsqu'un cri terrestre la rejoint.
Une femme, penchée sur le lit d'un homme, observe son visage pâle, touche sa tempe froide et crie : « Israël ».
Son appel traverse les cieux, rattrape l'âme qui avait mis tant de nuits à parcourir ce chemin, et pose doucement sa main sur son épaule.
L'âme s'arrête alors, enlace le messager, et retourne sur Terre.
Ce fut la dernière ascension céleste du Maître.

Commentaires
Enregistrer un commentaire